Delphine Bagarry

Delphine Bagarry candidate aux élections Législatives 2017 1ère circonscription des Alpes-de-Haute-Provence

Etudiants en danger

Les annonces du Président de la République vont dans le bon sens, mais elles sont insuffisantes. Nous ne pensons pas que les étudiants puissent «tenir encore quelques semaines». Leur venir en aide est vital Avec mes collègues du collectif « Ecologie, Démocratie, Solidarité » nous alertons le Premier ministre

Paris, le 21 janvier 2021

Monsieur le Premier Ministre,
« Il va falloir encore tenir quelques semaines ». C’est par ces mots que le Président de la République a
répondu à une étudiante en détresse le 15 janvier dernier. Et bien non, nous ne croyons pas que les étudiants français puissent « tenir encore quelques semaines ». Ils se trouvent, en ce moment-même, en état d’urgence absolue. Leur venir en aide sans attendre est absolument vital.

La réponse du Gouvernement à cette situation dramatique, par la voix de Frédérique Vidal, qui a annoncé la création d’un « chèque santé mentale » puis du Président de la République à Saclay hier, est un premier pas qui n’est toutefois pas à la hauteur de l’enjeu qui se joue dans nos universités, dans le silence des résidences universitaires, derrière les écrans d’ordinateurs.

Les cours à distance pèsent très lourd sur la santé des étudiants, entraînant le décrochage, la détresse psychologique ou l’isolement. Tout comme la majorité des étudiants, nous sommes toutefois sceptiques face au « chèque santé mentale » annoncé. Si l’accompagnement et l’accès facilité vers un professionnel est à saluer, cette démarche n’est pour autant pas automatique. Toutes les cellules psychologiques qui existent actuellement vous le diront : ce ne sont le plus souvent pas les plus fragilisés qui viennent à la rencontre des professionnels. C’est une démarche volontaire. Chacun sait la difficulté d’engager seul des démarches lorsqu’on est en détresse. Il est de surcroit très difficile de « repérer » les étudiants qui se trouvent dans ces situations dramatiques, isolés, et qui n’en parlent pas. Il faut prévenir avant de vouloir guérir.

Le Président de la République a fait part de son souhait de voir les étudiants suivre des cours en présentiel une fois par semaine. C’est une mesure importante mais très insuffisante. Il nous semble important que les étudiants puissent revenir surtout au sein des cours de travaux dirigés (TD), à l’instar des travaux pratiques (TP) et des enseignements professionnels qui peuvent avoir lieu sur place, s’ils nécessitent un matériel particulier ou requièrent un encadrement pédagogique en présentiel. Les TD dans les filières telles que les sciences humaines et sociales, les langues, le droit, etc, ne sont pas moins importants d’un point de vue pédagogique que les TP des filières scientifiques et professionnelles. Nous croyons que le TD est le lieu par excellence de l’interaction sociale et de développement des connaissances à l’Université et qu’il est absolument indispensable pour pallier à la fois à l’isolement et au décrochage massif d’étudiants.

Nous croyons donc qu’il y a urgence à rompre avec cet isolement et l’absence totale de contact humain.
Aussi, nous demandons de permettre aux Universités d’aller vers un retour des TD en présentiel – là où il y a le plus d’interactions sociales – au moins en hybridation, pour l’ensemble des filières et des
niveaux afin que tous puissent rompre l’isolement et bénéficier du meilleur encadrement possible.
C’est une demande de l’ensemble des fédérations, organisations et associations étudiantes.

Les Universités sont en capacité de le faire : entre les confinements, elles se sont organisées afin de
garantir la sécurité sanitaire de toutes et tous, ont réorganisé les cours, ont mis en place des outils et des règles sanitaires adéquates. Il y a du personnel à mobiliser : nous avons rencontré des doctorants, par exemple, prêts à travailler dans ce cadre. Les étudiants eux aussi, sont pleinement conscients de la situation sanitaire et sont en mesure de faire preuve de responsabilité.

À la détresse psychologique et à l’isolement s’ajoutent l’extrême précarité financière. Rupture
familiale, famille en incapacité d’apporter une aide ou perte de jobs étudiants, une grande partie des étudiants ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Beaucoup d’entre eux ne prennent qu’un repas par jour. Les étudiants ont faim. Si nous saluons les mesures prises telles que le restaurant universitaire à 1€ pour tous les étudiants, cela n’est pas suffisant. De nombreux étudiants ne vivent pas suffisamment proche des campus universitaires et donc des points de restauration du CROUS pour pouvoir s’y restaurer si nous n’accompagnons pas cette mesure a minima d’un retour plus important à l’Université. De plus, une grande partie des points de restauration du CROUS n’ont actuellement pas réouvert sur le territoire. Enfin, quid du dîner avec le couvre-feu ? Trop d’étudiants passent et passeront entre les mailles du filet de la mesure. Pour preuve, l’aide alimentaire à destination des étudiants s’est démultipliée ces derniers mois. Les associations historiques ont organisé des créneaux spécifiques dédiés aux étudiants. Les organisations étudiantes se sont mobilisées pour ouvrir une aide alimentaire supplémentaire. Des nouveaux collectifs se sont montés pendant la crise sanitaire pour pallier les manques. A Lyon, les associations en novembre et décembre ont enregistré plus de 1500 bénéficiaires par semaine, sans compter le double de bénéficiaires sur liste d’attente, chaque semaine. Ce sont aujourd’hui ces associations, dont il faut saluer l’engagement et la détermination, qui
suppléent l’action de l’Etat.

Nous demandons sans délai la gratuité automatique des restaurants universitaires pour tous,
boursiers et non boursiers, pendant toute la durée de la crise sanitaire.

A terme, nous pensons qu’il faudra rapidement repenser les effets de seuil délétères existants des
systèmes de bourse sur critères sociaux, la crise en a exacerbé les incohérences et les insuffisances. Les critères de la bourse sont archaïques, en prenant en compte les revenus des parents, ils supposent que les parents sont en mesure d’aider ce qui est loin d’être toujours le cas (pas de prise en considération d’un éventuel endettement par exemple), ils excluent systématiquement les étudiants étrangers qui vivent la plupart du temps de petits boulots.

Enfin, la Garantie jeunes, destinée aux jeunes « décrocheurs » ne concernent que ceux qui ne sont ni dans l’emploi ni dans la formation. A l’heure où l’Etat débloque des milliards à destination des entreprises, il y a urgence à donner un minimum de revenus à tous ces jeunes qui se contentent de survivre. Il nous faut rapidement un plan d’urgence et des aides directes de l’Etat à destination des jeunes. A ce titre, nous avons, à plusieurs reprises, proposé d’élargir le RSA au moins de 25 ans. Nous croyons qu’il est temps d’en finir avec l’idée fausse et délétère selon laquelle nos jeunes seraient « assistés » ou qu’ils n’iraient ni travailler ni se former. Permettre à des jeunes sans soutien familial d’avoir un filet de sécurité est un investissement social, la précarité ne peut être une perspective d’avenir. C’est en leur donnant de quoi vivre qu’on leur donnera le temps et l’énergie de pouvoir suivre leurs études dans de bonnes conditions et par la suite de trouver du travail. C’est en leur donnant de quoi vivre qu’on leur redonnera l’estime d’eux-mêmes et que nous prendront soin de leur santé. Enfin, c’est en leur donnant un minimum de revenus que les plus fragiles d’entre eux seront en capacité d’utiliser le « chèque santé mentale » que vous mettez en place.
C’est pourquoi, nous demandons la mise en place d’une aide d’urgence directe à destination de
l’ensemble des étudiants et de garantir enfin à chaque jeune un revenu minimal.


Il est temps de prendre enfin la mesure du drame qui se joue dans nos universités. La semaine dernière, pas moins de trois tentatives de suicide ont été déclarées chez des étudiants. Ce ne sont plus des signaux d’alarme ou de simples appels à l’aide. Ce sont les derniers recours de notre jeunesse qui souffre : donnons leur les outils pour s’en sortir. Elle est l’avenir de notre pays. Il y a urgence à agir.

Dans l’attente de votre retour et de mesures fortes, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier
Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux.

Hubert JULIEN-LAFERRIÈRE Député du Rhône
Delphine BAGARRY Députée des Alpes de Haute-Provence
Delphine BATHO Députée des Deux-Sèvres
Emilie CARIOU Députée de la Meuse
Guillaume CHICHE Député des Deux-Sèvres P
aula FORTEZA
Députée des Français établis hors de France
Albane GAILLOT Députée du Val de Marne
Sébastien NADOT Député de la Haute-Garonne
Matthieu ORPHELIN Député du Maine-et-Loire
Aurélien TACHÉ Député du Val d’Oise …/…