Delphine Bagarry

Delphine Bagarry candidate aux élections Législatives 2017 1ère circonscription des Alpes-de-Haute-Provence

Intervention sur le pjl prorogeant l’état d’urgence sanitaire

Mise à jour du 9/02/21 : Le projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire a été adopté, cet après-midi, en lecture définitive. Comme je l’avais annoncé à la tribune de l’ Assemblée nationale, j’ai voté CONTRE en raison de la faible place de la démocratie dans les choix du Gouvernement et de son éloignement des inquiétudes quotidiennes des Français.

04/02/21

Lors de l’examen, mardi, du projet de loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire, Je suis notamment intervenue sur l’absence de débats, d’un travail d’évaluation approfondie, de la part du Parlement sur l’action du Gouvernement, qui est un problème majeur. Les mesures de restrictions sociales ne sont légitimes que si elles sont issues d’un processus démocratique.
J’ai rappelé qu’il fallait recentrer l’action du Parlement sur les préoccupations quotidiennes et immédiates des Français. Il nous faut maintenant des perspectives

Texte de mon intervention

La France vit, depuis le 17 mars 2020, sur une ligne de crête pour faire face à la plus grave crise sanitaire de ce siècle. Elle cherche son équilibre entre mesures trop strictes qui porteraient atteintes aux capacités de résilience des Français et mesures trop souples, qui mettraient en péril la vie et la santé des plus fragiles d’entre-nous. 

Or, une société se juge justement à l’attention qu’elle porte aux plus fragiles d’entre-eux ; personnes âgées, personnes souffrant d’un handicap, d’immunodéficiences. Mais également, sa jeunesse, ses personnes en situation de précarité, fragilisés non pas par la maladie, mais par les conséquences que produisent les mesures de privation de libertés. Conséquences sociales et économiques, conséquences sur la santé physique et morale

Avec ce projet de loi, il s’agira du sixième examen d’un texte instaurant ou prolongeant un état d’urgence sanitaire. 

Il est heureux qu’à ces occasions la Chambre haute et la Chambre basse puissent s’exprimer sur la stratégie sanitaire du Gouvernement tant nos débats sont, en ce moment, éloignés des principales préoccupations des Français : 

  • quand nos proches disposeront-ils d’un vaccin et quand pourrons-nous les prendre dans nos bras ; 
  • quand nos filles et nos fils pourront-ils retrouver un travail, le chemin de l’Université;
  • quand retrouverons-nous une vie culturelle, une vie de convivialité? la vie quoi!

D’autres l’ont exprimé avant moi, mais c’est un point primordial sur lequel il faut insister : l’absence de débats, d’un travail d’évaluation approfondie, de la part du Parlement sur l’action du Gouvernement est un problème majeur. Il n’est pas possible de limiter aussi longtemps les prérogatives du parlement. En agissant seul, le pouvoir Exécutif limite par lui-même la légitimité des décisions qu’il doit prendre. 

Il n’est pas possible de suspendre la vie d’un pays chaque semaine à une réunion tenue en à huis clos.  Le suffrage de la représentation nationale c’est ce qui atteste de la nécessité d’agir, de mettre en œuvre des mesures exceptionnelles. 

Le Gouvernement ne peut être fort que s’il a le Parlement à ses côtés et s’ il accepte de l’écouter. 

Comment comprendre, pour les soignants du SSIAD, que lors des débats parlementaires sur le PLFSS 2021 les propositions de revalorisations salariales aient toutes été rejetées ? Finalement, il faut attendre la conclusion de travaux pilotés par un haut fonctionnaire pour prendre la même décision !

Où se situe la légitimité et la crédibilité de l’action politique ? Comment pouvoir compter sur le même dévouement de la part des professionnels de santé qui obtiennent de haute lutte fin janvier une revalorisation qui leur était due,  alors qu’une décision juste aurait pu être prise dès le mois d’octobre ici-même ? 

Concernant les étudiants, depuis les premières mesures d’urgence, nous alertons le gouvernement que les mesures restrictives engendraient encore plus de précarité, de souffrance. Ces jeunes, stigmatisés, furent d’abord accusés d’inconséquence car ils menaçaient leurs aînés. On semble aujourd’hui découvrir qu’ils garderont des plaies durables.

Dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons, les débats, la controverse, les objections sont toutes nécessaires, même si c’est difficile pour le Gouvernement, parce que justement, nous traversons un moment difficile.

L’acceptabilité des mesures de restriction sociale ne se décrète pas, elle est légitime lorsqu’elle est issue d’un processus démocratique. 

Recentrer l’action du Parlement sur les préoccupations quotidiennes et immédiates des Français est d’autant plus essentiel qu’à ce jour, une question qui nous taraude tous n’est pas encore abordée. 

Comment vivre avec le virus si la situation se prolonge deux, trois ou quatre ans ? Peut-on continuer à voir se gonfler les files d’attentes devant les associations d’aide alimentaire? Peut-on continuer à perdre notre art de vivre, jusqu’à quand mettrons nous en péril nos acteurs culturels car c’est nous tous que nous mettons en danger? Il nous faut maintenant des perspectives.

Ce débat, mes chers collègues, nous ne pourrons pas y échapper. 

Il est nécessaire, dès maintenant, de se mettre à l’ouvrage et de le préparer : voilà la véritable urgence, pas celle de prolonger encore un état destituant les parlementaires de leur pouvoir de proposition et d’action.

Je vous remercie.