Delphine Bagarry

Delphine Bagarry candidate aux élections Législatives 2017 1ère circonscription des Alpes-de-Haute-Provence

Le chanvre, une plante pleine d’avenir

Présente depuis le néolithique en France, cultivée à grande échelle comme à moindre échelle aujourd’hui, la voilà qui revient dans les débats. Parce que le chanvre – qu’on nomme aussi cannabis, c’est la même chose – revêt de multiples facettes, a de multiples atouts et de nombreux usages, l’Assemblée nationale s’est emparée du sujet.

La plante fait peur à cause de ses propriétés psychotropes. Cela est dû à la présence de THC (tétrahydrocannabinol). Sa consommation, par ingestion ou inhalation, est interdite en France. En l’absence de consommation humaine et à la condition expresse de ne produire et de n’utiliser des plantes qu’avec un taux de THC inférieur à 0,2 %, l’utilisation de la plante est restée autorisée pour ses propriétés physiques : pour fabriquer des cordages, des matériaux d’isolation, des litières pour animaux, des matériaux pour l’industrie automobile, du papier…

On fait pousser cette plante, on la réserve à des usages autres que la consommation humaine, et on surveille de près son taux de THC, le plus bas possible. Les coffee shops, cigarettes électroniques et toutes les formes de consommation prétendument « autorisées » en France ont fait long feu et les tribunaux ont maintenu leur interdiction.

Mais le chanvre ne contient pas que du THC. Il contient d’autres substances et notamment du CBD (cannabidiol). Ses usages rentrent dans trois grandes familles :

  • le chanvre thérapeutique ;
  • le chanvre bien-être ;
  • le chanvre récréatif.

Le chanvre thérapeutique est en voie d’expérimentation. Il a été confié à l’automne 2018 une mission d’étude et d’évaluation de la commercialisation du chanvre thérapeutique à un comité scientifique spécialisé temporaire. Il a rendu ses conclusions et dès janvier 2020 des patients « en impasse thérapeutique », souffrant de certaines formes d’épilepsies résistantes aux traitements, de douleurs neuropathiques (résultant de lésions nerveuses) non soulagées par d’autres thérapies, d’effets secondaires des chimiothérapies ou encore concernés par les soins palliatifs et les contractions musculaires incontrôlées de la sclérose en plaques ou par d’autres pathologies du système nerveux central.

Sans que l’on sache encore précisément pourquoi, par les témoignages croisés de patients et de médecins, par l’observation également de consommation à l’étranger, nous constatons que la consommation de cannabis soulage fortement les patients usagers. L’inhalation et l’ingestion vont donc être expérimentées durant deux ans. On estime en France à deux millions le nombre de personnes concernées.

Le chanvre bien-être attire particulièrement mon attention. Dans ma circonscription et dans mon département, au cœur de la Haute Provence, nous avons une réelle expertise dans le domaine du bien-être. C’est bien sûr lié au dynamisme de l’Université Européenne des Saveurs et Senteurs, du nombre conséquent d’entreprises de parfums et de produits alimentaires haut de gamme, ou encore la à nos deux stations thermales. L’utilisation de chanvre dans les parfums ou dans les huiles de massage apparaît comme une belle opportunité.

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Mais le domaine du bien-être peut aussi inclure une dimension environnementale. Une agriculture raisonnable est possible avec le chanvre. Notre climat lui convient très bien. Il n’a guère besoin d’eau et peut se passer de produits phytosanitaires. Il peut constituer une bonne alternative à la culture du lavandin. Avec des avantages supplémentaires : il « nettoie » les sols et a les mêmes atouts qu’une forêt sur le CO2. Il y a donc des enjeux à le cultiver, mais également à l’extraire – interdit chez nous car destiné à fabriquer des produits de consommation humaine – ainsi qu’à l’utiliser localement. Nous pourrions faire cela en circuit court, par l’intermédiaire de filières locales.

Enfin il y a le chanvre récréatif. C’est lui qui crée le tabou autour du cannabis, alors assimilé à la « beuh », à la « baouca » ou à la « marijuana » (chaque région lui trouve un nom !). Et qui, ensuite, transformé, peut donner le haschich. Il n’en est rien. Ce chanvre-là est lui aussi soumis à ne pas dépasser le taux de 0,2 % de THC. Les vertus du CBD restent intactes – relaxantes notamment – et sont alors appréciées pour leurs arômes et leurs effets. Autour de nous, la Suisse et le Portugal commercialisent des cigarettes de chanvre. Elles n’ont rien à voir avec des « joints ». Elles ont des effets, mais pas psychotropes. Ce chanvre n’est pas plus toxique que le tabac ou les bonbons industriels, en vente libre.

Il nous faut bien distinguer ces trois formes d’usages. Nous avons fait une avancée vers le thérapeutique, qui peut ouvrir vers le bien-être et un développement agricole, pour enfin poser la question du récréatif. Mais rappelons que toutes ces formes concernent une consommation humaine d’un chanvre contenant moins de 0,2 % de THC. Actuellement, nous autorisons une culture et une transformation du chanvre sur notre sol, mais pour éviter toute consommation humaine nocive, nous limitons le taux de THC à 0,2 %, car sous ce taux il n’est pas toxique. Nous infligeons là une double sécurité au chanvre, qui est la preuve de la peur que nous avons de cette plante. Il nous faut faire évoluer les mentalités afin que les usages de consommation humaine de chanvre sous 0,2 % de THC soient autorisés. C’est un combat législatif et symbolique.

Symbole toujours, je m’interroge sur les joints que consomment de nombreux Français, soit une consommation illicite de cannabis avec un taux de THC largement supérieur à 0,2 %. Je constate que son interdiction est peu efficace – la France est un des pays d’Europe où ce cannabis toxique est le plus consommé – et je déplore que des circuits économiques criminels fonctionnent avec son trafic. Ne serait-il pas opportun de légaliser le cannabis à THC fort ?

En tant que médecin, je sais les effets négatifs de la « fumette » ou autre consommation de cannabis et haschich sur les esprits et les corps. Mais je sais également que les produits transformés, coupés –parfois avec de l’huile de vidange usagée – sont autrement plus nocifs. Je sais aussi les conséquences des bandes organisées et des réseaux de dealers sur la vie de certains territoires. Je sais enfin que la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis n’a pas abouti à la période la plus heureuse de cette nation. En légalisant certaines formes de consommation et en les encadrant, nous pourrions sécuriser les filières de production et de vente. Les consommateurs auraient des produits plus sûrs et les circuits clandestins reculeraient.

Il nous faut être courageux et aborder ces différentes questions. Nous sommes sur la bonne voie. Le colloque organisé le 11 juillet dernier à l’Assemblée nationale a permis de réunir beaucoup d’acteurs œuvrant dans le sens de la compréhension et de l’ouverture. Une mission d’information a été déclenchée en fin de colloque. Continuer à faire de cette plante un tabou serait une erreur. L’erreur est liée à tous ses usages que nous pourrions facilement autoriser, lorsque le taux de THC est inférieur à 0,2 %. Mais elle est liée aussi à ses usages lorsque le taux de THC est supérieur. C’est tellement répandu, tellement visible, que je suis favorable à aborder cette question dans la foulée de celles concernant le cannabis de culture légale. Depuis octobre 2018, le Canada est devenu le premier pays du G7 à rendre légale la consommation de cannabis, sans question de THC. Interrogeons-nous.