Delphine Bagarry

Delphine Bagarry candidate aux élections Législatives 2017 1ère circonscription des Alpes-de-Haute-Provence

Oui, l’immigration dans notre société peut aussi être une chance

Nous avons publié, avec des collègues de la majorité, une contribution sur la question de la politique migratoire, intitulée  » Le débat immigration : avec attention et pragmatisme, pour la solidarité, le partage et l’intégration «  que je vous invite à lire.

Le Président de la République a raison de vouloir poser le débat ; n’ayons plus peur d’aborder la question de la politique migratoire. Mais portons-lui un regard attentif et pragmatique. Sans utiliser les mêmes concepts que les forces de la crainte, qui pensent hier comme un horizon. N’ayons plus peur de pointer les atouts de la migration  comme  les  défis  qu’elle  nous  pose. Parlons des choses vraies, abordons ce qui n’était plus abordé, et unissons-nous pour nous rendre compte qu’une immigration maîtrisée est une chance pour notre société.

En 2019, qu’est-ce que l’immigration ? C’est 35% de titres de séjour délivrés pour la mobilité étudiante et professionnelle et 33% pour la stabilité familiale. C’est – 29% de flux migratoires irréguliers en Europe. C’est une hausse de 7% de nombre de demandes d’asile en France, à relativiser par un chiffre bas les années précédentes

L’immigration existe et elle existera toujours. La question est de savoir comment la rendre positive, sans peur ni déni. Dans certains domaines, les entrepreneurs ont su se saisir de cette chance que représente l’intégration. De multiples exemples émaillent nos territoires hors métropoles : les patrons du BTP recrutent parmi les réfugiés remplis d’atouts, de motivations et désireux de s’intégrer, avec leur sens de la communauté et de l’entraide. La nouvelle étape de la décentralisation doit prendre en compte les questions migratoires.

Dans une ère où l’individualisme, et son corollaire, la solitude, s’accroissent dangereusement, une  rencontre  des  cultures  pourrait enrichir une  nouvelle  vision  de  l’économie  française et un « destin commun ». Ne laissons plus les préjugés et amalgames occulter cette possibilité d’enrichissement humain.

Les migrations sont aussi vieilles que l’humanité : le nomadisme a précédé la sédentarité, et les technologies permettant une représentation des pays lointains n’ont fait qu’accentuer le désir d’aller voir plus loin si un monde meilleur s’offre à nous. Cessons les raccourcis dévastateurs qui plongent les Français dans la peur par des amalgames infondés. Nos problèmes de sécurité, de chômage et de communautarisme sont des problèmes franco- français. Et non liés à des demandeurs d’asile politique ou des migrants économiques qui font la plonge dans nos restaurants ou les vendanges.

Sur notre planète, les pays les plus pauvres, bien sûr, fournissent leurs contingents de migrants, sur des chemins de migrations internes d’abord, des villages aux villes, puis parfois vers les pays voisins, puis enfin, plus rarement, vers les pays riches dont l’Europe est constituée.

L’aide publique au développement, française ou européenne, en améliorant les conditions de vie des populations, peut aider à sédentariser certains dans leur pays d’origine, mais elle en incitera d’autres à se mettre en mouvement, parce que le développement encourage la mobilité, consubstantielle à l’énergie de vivre, d’autant que les diasporas effectuent des transferts de ressources financières vers leurs familles au pays. Évitons de présenter aux Français l’aide au développement comme un remède prévenant les phénomènes de migrations, car cela serait probablement en partie erroné. Nous devons renforcer notre aide publique au développement, non parce qu’elle serait un outil de notre politique migratoire, mais parce que nous voulons réduire les inégalités, promouvoir les droits des femmes et des plus vulnérables, ainsi que les biens publics mondiaux. Mais ne promettons pas un « retour sur investissement » en matière d’immigration.

N’oublions pas que les dépenses publiques d’accueil des étudiants étrangers des pays en développement sont comptabilisées dans notre aide publique au développement déclarée à l’OCDE. Parce que les étudiants étrangers, qui sont le plus gros contingent d’étrangers dans notre pays, apportent aussi une aide au développement de leurs pays par la formation qu’ils reçoivent ici.

Du monde, resserrons la focale sur l’Europe. Une Europe très disparate en matière d’accueil des réfugiés, de responsabilité sociale et de solidarité intra-européenne. Une Europe qui subit désormais les effets pervers du règlement de Dublin : le pays de première entrée est responsable de l’accueil et du traitement de la demande d’asile. Nous soutenons le Président de la République et le gouvernement dans leurs efforts de négociation avec les pays de l’Union Européenne sur ces différents chantiers. Les flux migratoires en  direction  de l’Union européenne ont atteint leur plus bas niveau depuis le début de ce que l’on a appelé́ « la  crise  des réfugiés » déclenchée par  la  guerre  en  Syrie.  Le  nombre  de   franchissements illégaux des frontières du continent a été́ divisé par neuf, passant de 1,8 million   en   2015   à   204.219   en   2017. L’Union possède une compétence   partagée pour définir les conditions d’entrée et de séjour des  ressortissants  de  pays  tiers,  entrant et résidant de manière légale sur le territoire d’un État membre, y compris aux fins du regroupement familial. L’Union peut également encourager les États membres à améliorer l’intégration des ressortissants de pays tiers séjournant légalement sur leur territoire. Elle met aussi en œuvre des programmes de coopération avec les pays d’origine et de transit, afin de sauver des vies, et que nous devrions davantage promouvoir.

Enfin venons à la France. Nous savons que le droit d’asile est une obligation internationale, et que l’examen doit se faire au cas par cas, y compris pour des pays sûrs, et approuvons la nécessité de rendre l’avis de façon plus rapide. La loi Asile, Immigration, Intégration est entrée en vigueur en 2018. Bien que ne disposant pas d’une évaluation détaillée, nous savons que des moyens humains et financiers ont été affectés au traitement des dossiers (à l’OFPRA, à la CNDA), pour l’hébergement, et pour l’intégration. Par ailleurs, nous soutenons le travail de l’exécutif qui a démantelé plus de réseaux illégaux. Nous soutenons avec force la demande du Premier Ministre au Conseil d’Etat de mener une étude afin de simplifier les procédures de recours pour les demandeurs d’asile. Parce que, oui, il est nécessaire de revenir sur les outils déjà mis en place afin que tout le monde puisse comprendre comment faire une demande, à qui, quelles conditions sont requises et les années que cela peut prendre.

Nous ne remettons pas en cause la distinction entre migrants légaux et migrants illégaux pour permettre ou non le séjour sur le territoire. A condition toutefois que cette distinction ne pénalise pas les droits fondamentaux des personnes. L’accueil de toute personne, en attendant de statuer sur ses droits au séjour, doit inclure une mise à l’abri inconditionnelle. Les conséquences sanitaires et sociales des campements précaires dans nos villes (Porte de la Chapelle et autres) et des gens laissés à la rue coûtent beaucoup plus cher à la société française. Nos concitoyens nous disent leur honte face à cet accueil indigne. Et aussi leur peur face à ce débordement dans certains lieux de vie. Préoccupons-nous de résoudre cette crise humanitaire majeure, et nous désamorcerons à la racine la peur, le rejet, et tous les coûts sociaux qu’induit le non traitement du premier accueil.

Nous comprenons que l’afflux de demandes en provenance  de  pays  sûrs  est  une anomalie. Mais notre interprétation est la suivante : cette inflation serait réduite si d’autres moyens légaux existaient de façon plus large. Par ailleurs, la société française sur nos territoires est prête à accepter des travailleurs et leurs familles. Dans nos territoires, l’étranger qui travaille et vit paisiblement est respecté par la population. Nous proposons donc d’élargir les possibilités de séjourner en France avec un titre de séjour pour le travail.

Voici quelques propositions : tout d’abord, pour éviter que la demande d’asile soit détournée de sa vocation première, nous souhaitons élargir l’accès du marché au travail aux migrants par trois moyens :

  • Réactualiser la liste des métiers sous tension, devenue largement obsolète. Nous proposons, en collaboration avec les partenaires sociaux, de la réactualiser périodiquement. S’occuper d’une personne âgée dépendante, c’est un talent. les personnes âgées séjournant à l’hôpital, en maison de retraite ou celles qui sont dépendantes à domicile peuvent bénéficier des qualités humaines de personnes pétries du respect des plus âgés. Construire une maison et l’aménager, c’est un talent. Les patrons du BTP recrutent parmi les réfugiés qu’ils considèrent comme particulièrement motivés, travailleurs et fiables. Lorsque c’est nécessaire, ils assortissent leur démarche d’un encadrement pour la langue française, la formation professionnelle et le logement.

    En résumé, trouver chez l’autre ce que nous n’avons plus chez nous peut être un formidable vecteur d’intégration. Cette opportunité enrichit l’économie française de demain.

  • Permettre des séjours courts, via des visas à entrées Cette possibilité existe mais mériterait d’être élargie.
  • Dans les bassins d’emploi à faible attractivité, permettre un accompagnement global (conjoints, enfants) pour faciliter l’intégration. Ce système permettrait de de diminuer sensiblement les demandes venant de pays « sûrs » donc de désengorger le circuit des demandes d’asile et  de  réduire  les  pénuries de   main   d’œuvre   rencontrées  dans certains métiers.

Concernant la circulaire Valls, relative aux critères de régularisation des étrangers en situation irrégulière, nous demandons une application plus homogène sur le territoire français, afin que l’examen des demandes d’admission au séjour exceptionnel déposées par des ressortissants étrangers « ni régularisables, ni expulsables » ne pèse pas exclusivement sur les services préfectoraux débordés.

Pour finir, nous prônons des mesures spécifiques de collaboration avec les autorités des pays sûrs, tels que l’Albanie, la Géorgie,… de façon à informer les candidats au départ, dans leur pays d’origine, de ce qu’est réellement la demande d’asile. Le statut de réfugiés ne sera accordé qu’aux personnes en danger de mort ou en grand danger. Lorsque ces migrants recherchent l’accès à la santé et à l’éducation, nous pouvons travailler avec leurs gouvernements pour qu’ils les trouvent dans leur pays et ne se retrouvent pas sur les routes de l’exil où les attendent l’incertitude et l’insécurité.

Nous parlons trop  souvent  d’une  France  apeurée ou d’une  France abandonnant les  gens à la Méditerranée, à la rue, aux campements… Inversons le  débat  aujourd’hui,  sans peur  et sans honte, mettons en avant le bénéfice mutuel qu’apportent la solidarité, le partage et l’intégration.

Oui, l’immigration dans notre société peut aussi être une chance, elle l’a déjà été, alors sachons la saisir une nouvelle fois !

Les Député·e·s :

Mireille Clapot, Sandrine Mörch, Stella Dupont, Martine Wonner, Delphine Bagarry, Marjolaine Meynier, Sonia Krimi, Pierre-Alain Raphan, Stephane Claireaux, Nathalie Sarles, Jean-François Mbaye, Marion Lenne, Albane Gaillot, Rodrigue Kokuendo, Laurianne Rossi , Jean-François Césarini, Aina Kuric.